La valeur d’une entreprise ne correspond pas simplement à son chiffre d’affaires, à son résultat ou au montant que son dirigeant souhaite obtenir. Elle dépend de sa rentabilité, de sa situation financière, de son organisation, de son marché et de sa capacité à fonctionner sans dépendre entièrement de son dirigeant.

Une valorisation sérieuse doit donc combiner plusieurs méthodes et tenir compte des particularités de l’entreprise.

Pourquoi valoriser son entreprise ?

Une valorisation peut être nécessaire pour préparer une cession, ouvrir le capital, organiser une transmission familiale, permettre le rachat des titres par un associé ou présenter un projet à une banque.

Elle constitue un point de départ pour la négociation, mais ne détermine pas automatiquement le prix final. Celui-ci dépendra également de l’intérêt des acquéreurs, des conditions de financement et des garanties demandées.

Les principales méthodes de valorisation

La méthode fondée sur la rentabilité

Cette méthode consiste à appliquer un multiple à un indicateur financier représentatif, généralement l’EBE.

L’EBE doit être analysé et, si nécessaire, corrigé des charges ou produits exceptionnels ainsi que des éléments qui ne correspondent pas au fonctionnement normal de l’entreprise.

Le multiple retenu dépend notamment du secteur d’activité, de la taille de l’entreprise, de sa régularité financière, de ses perspectives et de son niveau de risque.

La méthode fondée sur le résultat d’exploitation

Le résultat d’exploitation, ou REX, mesure la performance générée par l’activité courante de l’entreprise. Contrairement à l’EBE, il tient compte des dotations aux amortissements, des dépréciations et des provisions liées à l’exploitation.

La valorisation peut être obtenue en appliquant un multiple à un résultat d’exploitation retraité et représentatif de la performance normale de l’entreprise.

Cette méthode est particulièrement intéressante pour les activités nécessitant des investissements réguliers et un matériel important. Les amortissements traduisent en effet, au moins sur le plan comptable, la consommation et le vieillissement des investissements nécessaires à l’activité.

Le résultat d’exploitation doit toutefois être retraité lorsque la politique d’amortissement ou de provisionnement ne reflète pas correctement la réalité économique. Il convient également de neutraliser les charges ou produits d’exploitation inhabituels, ainsi que les rémunérations, loyers ou dépenses qui ne seraient pas maintenus dans des conditions normales après la transmission.

La valorisation obtenue à partir de l’EBE ou du résultat d’exploitation correspond généralement à une valeur économique de l’activité. Pour déterminer la valeur des titres, il faut ensuite tenir compte de la trésorerie, des dettes financières et, le cas échéant, d’autres éléments patrimoniaux.

La méthode fondée sur le résultat net

Le résultat net représente le bénéfice ou la perte définitive de l’exercice après prise en compte du résultat d’exploitation, du résultat financier, du résultat exceptionnel, de la participation des salariés et de l’impôt sur les bénéfices.

Une valorisation peut être réalisée en appliquant un multiple à un résultat net moyen, retraité et considéré comme récurrent. Cette approche permet d’apprécier le bénéfice qui revient finalement aux associés ou qui peut être conservé dans l’entreprise.

Le résultat net doit cependant être utilisé avec prudence. Il peut être fortement influencé par :

Avant d’appliquer un multiple, il est donc nécessaire de reconstituer un résultat net normatif, en neutralisant les éléments exceptionnels ou non reproductibles.

Comprendre les écarts entre les indicateurs

La comparaison entre l’EBE, le résultat d’exploitation et le résultat net apporte des informations importantes sur la structure financière de l’entreprise.

Un écart important entre l’EBE et le résultat d’exploitation peut traduire des amortissements élevés, liés à une activité nécessitant beaucoup d’investissements, ou des provisions significatives.

Un écart important entre le résultat d’exploitation et le résultat net peut s’expliquer par le coût de l’endettement, un résultat exceptionnel positif ou négatif, la participation des salariés ou l’impôt sur les bénéfices.

Un résultat net élevé ne signifie donc pas nécessairement que l’activité courante est très rentable. Il peut avoir été amélioré ponctuellement par la vente d’un actif ou un produit exceptionnel. À l’inverse, une entreprise performante sur le plan opérationnel peut présenter un résultat net faible en raison de charges financières importantes ou d’un événement exceptionnel.

C’est pourquoi une valorisation fiable ne repose jamais sur un seul indicateur. La comparaison de plusieurs méthodes permet d’obtenir une fourchette plus cohérente et d’identifier les éléments qui doivent être retraités ou approfondis.

La méthode fondée sur la CAF et la capacité de remboursement

La capacité d’autofinancement, ou CAF, représente les ressources financières générées par l’activité de l’entreprise. Elle permet notamment d’apprécier sa capacité à financer ses investissements et à rembourser ses emprunts.

Dans le cadre d’une reprise, les banques examinent généralement la CAF historique et prévisionnelle afin de vérifier si l’entreprise pourra supporter les échéances du financement d’acquisition. La CAF doit être retraitée des éléments exceptionnels et analysée sur plusieurs exercices afin de retenir un niveau récurrent et prudent.

Toute la CAF ne peut cependant pas être consacrée au remboursement de la dette. L’entreprise doit conserver les ressources nécessaires au financement de son besoin en fonds de roulement, de ses investissements, de ses dettes existantes et des éventuels imprévus.

La part de CAF réellement disponible permet d’estimer une annuité de remboursement acceptable. Cette annuité peut ensuite être convertie en capacité d’emprunt, en fonction de la durée et du taux du financement. En y ajoutant l’apport du repreneur et les autres ressources mobilisables, il devient possible d’estimer le prix raisonnablement finançable.

Cette approche ne remplace pas les autres méthodes de valorisation. Elle permet surtout de vérifier que la valeur envisagée reste compatible avec la capacité financière de l’entreprise et les exigences des organismes prêteurs.

La méthode fondée sur le chiffre d’affaires

Certains secteurs utilisent des pourcentages ou des coefficients appliqués au chiffre d’affaires. Cette approche peut constituer un repère, mais elle ne suffit pas à elle seule.

Deux entreprises réalisant le même chiffre d’affaires peuvent présenter des niveaux de rentabilité, d’endettement et de dépendance au dirigeant très différents.

La méthode patrimoniale

Cette méthode s’appuie sur la valeur des actifs et des dettes de l’entreprise. Elle est particulièrement utile lorsque l’entreprise possède des biens immobiliers, du matériel important ou des stocks significatifs.

La valeur comptable des actifs doit toutefois être comparée à leur valeur économique réelle.

Les éléments qui influencent la valeur

Au-delà des chiffres, plusieurs critères peuvent augmenter ou diminuer la valeur d’une entreprise :

Une entreprise rentable mais entièrement dépendante de son dirigeant sera généralement plus difficile à transmettre et pourra subir une décote.

Fonds de commerce ou titres de société ?

La valorisation dépend également de ce qui est vendu.

Lors d’une cession de fonds de commerce, l’acquéreur reprend principalement l’activité, la clientèle et certains actifs. Les dettes financières et la trésorerie restent généralement dans la société du vendeur.

Lors d’une cession de titres, l’acquéreur reprend la société avec son actif, sa trésorerie, ses dettes, ses engagements et son historique. La dette financière nette doit donc être prise en compte dans le calcul de la valeur des titres.

Préparer la valorisation suffisamment tôt

Une valorisation réalisée plusieurs mois ou plusieurs années avant une cession permet d’identifier les éléments susceptibles de réduire la valeur de l’entreprise.

Le dirigeant peut alors agir sur la rentabilité, l’organisation, la dépendance commerciale, la transmission des compétences ou la qualité des informations financières.

La préparation en amont permet ainsi de sécuriser la transmission et de présenter une entreprise plus attractive aux acquéreurs.

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